Mines & Carrières, n°141, octobre 2007

Matériel
Gros matériel : la convoitise des distributeurs
Criblage
Double effet Liwell : crible et lave en même temps
Carrière
Carrières du Boulonnais en perspective
Manifestation
Un bon point sur la sécurité en carrière
Carrière
Un nouveau tertiaire au Revest
Dossier
Pompes en carrière
Présentation du numéro
A défaut d’entretien...
L’actualité réserve des surprises bien étonnantes. Ceux qui, au congrès, ont visité la centrale nucléaire de Saint-Laurent-des-Eaux, ont appris que, dans son principe de fonctionnement, une centrale a besoin d’une source d’eau pour alimenter ses circuits de refroidissement, une source proche, comme une rivière ou un fleuve. Il s’avère qu’une autre centrale voisine, celle de Chinon (Indre-et-Loire), est équipée d’une station de pompage qui participe directement au refroidissement de ses réacteurs, en alimentant les circuits de sauvegarde avec l’eau froide de la Loire. Au cours d’une inspection, l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) a relevé qu’un “événement a pris un relief tout particulier”1, selon son rapport du premier trimestre 2007 sur les incidents significatifs survenus fin 2006. Il s’agit de l’ensablement de la prise d’eau en Loire qui a été déclaré comme “événement significatif de sûreté”, et “classé 1 au niveau de l’échelle internationale Ines”2. À travers ce jargon de spécialiste, on comprend qu’il y a eu un problème au niveau des stations de pompage. L’ASN admet toutefois que ces dernières “sont globalement bien exploitées et entretenues, même si des écarts mineurs ont été relevés par les inspecteurs”. Bien content de le savoir. Mais il est quand même étonnant que des grains de sables aient pu affoler les gestionnaires d’une telle installation. Car on le sait bien, le prélèvement de sable en rivière est interdit depuis 1995 dans le lit mineur de la Loire, sauf pour des opérations ponctuelles d’entretien ou de prises d’eau. Quand elles sont faites... Il n’est donc pas étonnant de voir le sable s’accumuler.
De tout temps, on a prélevé du sable dans le lit de la Loire, avec des extractions massives comme celles qui ont été conduites par des professionnels de la construction, plus soucieux de se servir au plus près des agglomérations (afin d’éviter de grever leurs coûts de transport), que de veiller à la préservation du milieu naturel. Ce qui explique l’interdiction qui a fait l’objet d’un protocole d’accord signé en 1981 entre des représentants de la profession et les ministères de l’Environnement et de l’Industrie, prévoyant une extinction progressive des prélèvements de matériaux échelonnés jusqu’aux années 1990-1995, pour laisser le temps aux exploitants de se trouver un autre site. Ou une autre occupation.
Etait-il nécessaire de prendre une mesure aussi radicale ? Défaut d’entretien ou pas de la station de pompage de la centrale nucléaire de Chinon, le sable se dépose à nouveau dans certaines courbes, ce qui favorise la végétation, comme on a pu le voir sur la Loire, près d’Orléans. Que se passera-t-il donc lors d’une crue centennale ? Quel bouc émissaire accusera-t-on alors ? Le sable ne se dépose pas forcément au pied de levées fragilisées par l’abaissement du niveau du fleuve, et encore moins au pied des piles de pont. Pourquoi ne pas autoriser l’extraction à certaines périodes de l’année, en des endroits bien définis, afin de nettoyer le lit du fleuve ? Histoire de ne pas être à l’origine de crues, voire pire encore.
(1) Info disponible sur asn.fr
(2) L’échelle Ines est une échelle internationale qui permet de classer les événements de sûreté. Elle est graduée de 1 à 7. Le niveau 1 correspond à une anomalie.