Mines & Carrières, n°142, novembre 2007

Transport
Le béton qui transporte des granulats
Matériel
La santé de fer des coupleurs Voith
Dossier
Transport des solides
Les équipements
Présentation du numéro
La marche à pied
À force de marcher le long des trottoirs parisiens, bondés comme un 14 Juillet, lors des grèves du mois de novembre, on avait de quoi devenir pensif. La capitale était bloquée aux heures de pointe par de longues files de voitures, toutes stoppées les unes derrière les autres, moteur en marche et vitres fermées, dans une atmosphère saturée de gaz d’échappement. On comptait aussi tout ce qui pouvait rouler : scooters, motos, vélos –dont les fameux Vélib– qui essayaient de se frayer un chemin entre les voitures en ne respectant pas vraiment la signalisation, empruntant les sens interdits, brûlant les stops et les feux rouges ou roulant sur les trottoirs comme sur une troisième voie qui leur aurait été réservée parmi les piétons, les rollers, les poussettes, les personnes âgées, les râleurs et les indifférents. Durant ces quelques jours, Paris avait des allures de mégalopole d’Extrême-Orient. Il ne manquait plus que le pousse-pousse et le triporteur pour compléter le tableau... Ce n’était pas de la précipitation de l’on ressentait, mais de l’énervement. Alors que la semaine précédente venait de s’achever sur le Grenelle de l’environnement, un marathon de deux jours pour opérer une “révolution écologique” dans l’économie française, on était bien loin d’adopter une attitude vertueuse dans cette cacophonie. Il est vrai que, dans la confusion créée par cette grève des transports publics, chacun essayait de gagner son lieu de travail ou son logis du mieux qu’il pouvait, sans ce soucier de consommer plus de gasoil que de raison. Une fois le calme revenu, on peut se demander comment imaginer une société aussi respectueuse des besoins fondamentaux de l’homme qu’efficace vis-à-vis des défis écologiques. Gandhi avait prédit “qu’il y a suffisamment de ressources pour satisfaire les besoins de chacun, mais il n’y en aura jamais assez pour satisfaire les désirs de possession de chacun”. Un rapport de l’Onu avait évalué en 2003 qu’il suffisait d’ajouter 40 milliards d’euros aux financements internationaux de l’aide publique au développement pour satisfaire les besoins fondamentaux de l’humanité. Et, dans ce même rapport, on pouvait aussi lire que les dépenses mondiales de publicité s’élevaient à 400 millions de dollars. Elles sont dorénavant de 700 milliards.
Le rapprochement de ces chiffres peut paraître perfide, mais il montre que nos désirs fondamentaux sont du côté de l’être et que la publicité est du côté de l’avoir, associant le bonheur à la beauté et au paraître, et qu’en réalité, la non-satisfaction de ces besoins entraîne une sorte de mal-être. Quel rapport avec les grèves et la marche à pied ? Aucun (on espère la fin de l’année avec un peu de repos), sinon que nous devons savoir ce que nous souhaitons faire de nos désirs, pour échapper aux logiques destructrices que les nouvelles formes d’opposition imposent à notre communauté humaine. “Ce que nous pouvons faire de mieux pour ceux qui nous aiment, c’est d’être heureux”, disait le philosophe Alain. Et de transmettre ce goût, tout simple, à nos enfants. Avec un art du mieux-vivre en commun, et la capacité de surmonter nos propres peurs. Sans se priver de la marche à pied...