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Mines & Carrières, n°153, novembre 2008

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Présentation du numéro

Incertitude radicale
Et maintenant, que va-t-on faire ? Après s’être retroussé les manches ces dernières années pour produire sans interruption ou si peu, sans avoir relevé la tête pour voir ce qui allait survenir, on est un peu étonné de ce qu’on lit dans les journaux : est-ce bien réel ? Car ce sont d’abord les groupes miniers qui ont été touchés dans ce vaste secteur de l’extraction. Les coupes budgétaires sont à la mesure des projets : démesurées. Est-ce que les carrières subiront, elles aussi, cette récession au quatrième trimestre, dont on n’arrête pas de parler, et plus tard en 2009 ?
Certes, le marché est moins tendu, les commandes plus espacées en cette fin d’année. On a l’impression d’être sur un navire de fort tonnage dont on a arrêté les machines, mais qui est toujours en mouvement, glissant sur son erre. Seul le vent fait sentir que l’on avance mais... dans le brouillard. La conduite à tenir, c’est peut-être de souffler, prendre du temps pour réfléchir, et puis remettre l’installation en ordre, inspecter ce qui grince, ce qui coince, et ce qui doit être changé. C’est aussi veiller aux dépenses. D’ailleurs le mot d’ordre est “faire des économies”, même si on sait qu’il faudra dépenser pour entretenir le matériel. Alors on optimise, on repousse les investissements qui peuvent l’être, et on oublie les rêves d’expansion, car on ne sait pas de quoi demain sera fait dans les exploitations. Ceux qui sont chargés d’établir des prévisions pour l’année à venir ne le savent pas non plus. Les experts de l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) parlent même “d’incertitude radicale”. A ce point, les chiffrent avancés ne veulent pas dire grand-chose. On peut toujours citer les chiffres que ces spécialistes envisagent comme perspective de croissance pour 2009 : entre -3 % et 0 %. C’est loin de faire rêver. Et dans ce qu’ils ont prévu, les produits chers achetés à crédit encaisseront une chute brutale de leurs ventes. L’automobile arrive en premier, suivie du bâtiment, tous deux suivis de leurs fournisseurs. Sur ces secteurs, les pronostics de chute d’activité se situent aux alentours de 10 %. Etant donné que les filières construction, automobile et banque représentent à elles trois près d’un cinquième de l’activité productive française, ça risque de faire mal !
“Les prévisions sont difficiles, surtout quand il s’agit de l’avenir”, disait Pierre Dac. Mais certains ont parié sur le bon cheval. Dans l’activité minière, par exemple, le rachat interrompu de Rio Tinto par BHP est plutôt salutaire à ce dernier, qui a évité d’éponger les 39 milliards de dollars de dettes liés à l’acquisition d’Alcan par Rio Tinto. Résultat : pour satisfaire ses actionnaires, ce groupe anglo-australien pense à se libérer d’activités non stratégiques. En France, Rio Tinto possède Talc de Luzenac. La rumeur d’une séparation court déjà, ce qui pourrait faire les affaires d’Imerys. Ailleurs, dans le nickel, rien ne va plus : les cours chutent et Eramet1 doit stabiliser sa production et réduire aussi celle du manganèse. Ses actionnaires ont beaucoup perdu car l’action était montée très haut cet été. Là encore, les actionnaires (dont Areva et la famille Duval) ne se sont pas décidés sur leur participation assez tôt.
On ne voit pas bien où le vent nous mène. On sent, parfois, que la barre ne répond plus. Et on a vraiment l’impression d’être mené en bateau.
(1) Cf. article “Prophéties pour le nickel”, dans ce numéro.

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