Mines & Carrières, n°168, mars 2010

En couverture
Train de concassage avec groupe mobile à percussion Metso LT 1415 S, équipé d’un crible à deux étages, en sous-traitance sur le site Balthazar & Cotte de Robion (84).
Actualités
Agenda et manifestations, les hommes dans l’entreprise, carrières et matériaux, vu sur la toile, chiffres clés, chantiers du BTP, constructeurs et fournisseurs, nouvelles de la Sim, marque-pages, minerais et métaux
Carrière
GDFC, un exploitant pressé
Traitement
Un Lokotrack qui concasse et crible en même temps
Transport
Beumer et le casse-tête chinois
Carrière
La gravière Veltz et Vix de Gambsheim
Géophysique
Geocarta suréchantillonne
Journée technique
Le district belge de la Sim s’intéresse aux roches ornementales
Dossier
Bauma 2010 : un avant-goût du salon
Présentation du numéro
De nombreuses politesses
Il y a 60 ans, Robert Schumann, ministre français des Affaires étrangères, associait l’Allemagne à la création de la Communauté européenne du charbon et de l’acier, appelée aussi CECA. Il s’agissait de mettre en commun les productions française et allemande, et de les imbriquer afin de “rendre la guerre non seulement impensable mais aussi matériellement impossible”, rappelait le ministre lors d’une conférence de presse au Quai d’Orsay, le 9 mai 1950. Cet homme politique obéissait ainsi au souhait des Américains qui voulaient mettre un terme à la politique de désindustrialisation de l’Allemagne, et souhaitaient favoriser la renaissance de l’industrie allemande pour “s’assurer de la fiabilité de l’ancrage à l’Ouest de la RFA et consolider le bloc occidental”, explique l’historienne Marion Gallard, dans un article récent de la revue L’Histoire (mars 2010). Depuis, la France s’est défaite de son industrie et gère l’après-mine. L’actualité revient comme un écho face à ces pages d’histoire car, début mars, un article est paru dans le quotidien Les Echos sur la réflexion qu’est en train de mener l’État (français) sur les risques d’approvisionnement en ressources minérales, dont les terres rares. Il est dit en substance que la France, après avoir cédé du terrain, “veut se doter d’une réelle stratégie dans les mines”. Si cette volonté est essentiellement d’ordre stratégique, “elle pourrait remettre en selle le scénario de création d’un pôle minier français autour des groupes Eramet et Areva”. Il faut espérer que, de cette réflexion, sorte quelque chose de concret car, en matière d’annonces, on sait bien qu’elles n’engagent que ceux qui les écoutent, surtout en période électorale, voire préélectorale pour l’échéance présidentielle.
Autre hasard du calendrier, quelques jours avant cette annonce, la compagnie leader mondiale BHP annonçait ses résultats trimestriels, avec un profit multiplié par 2,4, et cela en dépit de la crise financière et de la dégringolade de la demande de métaux. Ce groupe, plutôt bien géré par un management avisé, emploie 40 000 salariés et réalise 12 projets, avec au moins 11 autres à l’étude et une quarantaine dans ses cartons. De son côté, l’autre acteur du marché, Rio Tinto, numéro 3 mondial par capitalisation boursière, vient d’annoncer une alliance avec Chinalco dans le minerai de fer guinéen. Pour exploiter ce gisement, la coentreprise doit investir pas loin de 12 milliards de dollars, ce qui n’est pas rien, mais la somme reste à la hauteur des moyens de ce groupe. Le projet australien de Pilbara, sur le minerai de fer, nécessite quant à lui entre 5 et 6 milliards de dollars d’investissement.
Alors, quel rapport entre ce qu’a fait la France et ce qu’elle souhaite à présent ? Aucun, mais il est étonnant de constater qu’un pan de culture technique a complètement disparu et que, dans l’urgence, on essaye de mettre en place un moyen de pallier ce qu’on pourrait appeler le désintérêt des politiques. Ne souhaitant pas accorder de permis d’exploitation offshore au large de Wallis et Futuna à des entreprises étrangères, la France essaye de trouver parmi les mineurs français, aidés par le BRGM, les moyens de prendre part aux grandes manœuvres qui émaillent le globe. On pourrait aussi se demander pourquoi un tel empressement du gouvernement après tant d’années de silence. Comme dit un proverbe chinois : “Plus les sentiments sont distants, plus les politesses sont nombreuses.” La puissance financière de ces grands groupes aux dimensions planétaires a de quoi faire peur : pour combien de temps encore la France pourra-t-elle garder ses ressources, faute de moyens pour les exploiter ?