Bulletin Semenvim n° 5 : Captage ou capture

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Captage ou capture

Par François Clin


Nous avons précédemment évoqué l’important nuancement entre décarbonation et décarbonatation ; or il a un corollaire, celui entre captage et capture. Ce dernier sera l’occasion de distinguer deux grands modes de puits technologiques d’absorption du CO2 en génie climatique.

Le terme de captage s’applique lors de la gestion d’un flux impliquant un système de confinement ou de canalisation ou mise en réseau : on capte une source, on capte un canal de fréquences …

Le terme de capture s’applique à un élément en liberté, voire évadé ou libéré. L’évasion, comme l’élargissement ou l’état naturel ou sauvage, implique une ouverture spatiale où s’opère la capture.

Le captage du CO2 de combustion des énergies fossiles ou des cimenteries se réalise dans des effluents confinés avant l’émission en sortie de cheminées. Ce n’est qu’une fois confiné que le flux sera séquestré, notamment en site géologique réactif ou non.

On a donc ici affaire à une technologie de traitement d’effluents.

On est loin de la capture du COde l’atmosphère tant sur le plan conceptuel que technique : or la confusion est fréquente tant dans les discours que les raisonnements trop hâtifs de certains technologues, voire économistes.

Les puits technologiques de capture des molécules du CO2 dans l’atmosphère fonctionnent sur leur diffusion gazeuse naturelle indépendamment de leur origine, très minoritairement industrielle : ils impliquent un mécanisme inhérent au compartiment atmosphérique global et à ce titre peuvent être considérés comme relevant de la « géo ingénierie » et on non du traitement d’effluents. (Ce sera d’ailleurs l’occasion de montrer qu’une géo ingénierie bien menée ne sera pas aussi monstrueuse que l’évocation de ce terme pour certains…).

Historiquement, le captage du CO2 a été l’affaire de technologues énergéticiens et la capture celle de géo scientifiques disciplinaires. Les reculs nécessaires n’ont pas toujours eu lieu dans les emprunts de chacun. En fait on pourrait penser que l’industrie minérale pourrait se positionner par ses compétences et ses opportunités opérationnelles comme un acteur de premier rôle dans une innovation de synthèse entre les deux approches.

Revenons ici et à titre d’exemples sur quelques caractéristiques de part et d’autre.

Le captage est efficace parce que s’opérant sur des flux concentrés de CO2 : exact mais l’opération doit se faire très rapidement lors de l’émission des effluents et à la faveur de sites obéissant à d’autres priorités et à énergie chère par définition.

La capture du CO2 atmosphérique, opérable en tout point du globe et à multiples échelles, peut éviter le transport industriel de ses flux : le système doit être suffisamment extensif en surface (mais d’un ordre extrêmement inférieur aux surfaces végétales) pour compenser dans le temps et par les mobilités spatiales les plus faibles gradients de concentrations et demeurer compatible avec la préservation de l’environnement : d’où des réactifs d’absorption plutôt minéraux que de synthèse.

Dans les faits, il sera dans tous les cas très importants de dissocier trois étapes techniques (dont les sites peuvent être dissociés) : l’absorption du CO2 en interface aqueuse diluée en ph très élevé, la précipitation ou complexation du carbonate, l’entretien de la fourniture du réactif. La consommation d’énergie pourra s’organiser au fil de l’eau en modes variés de production et sans contrainte de programmation.

Dès aujourd’hui, une capture de CO2 pourrait s’imaginer économiquement dans l’exploitation hydro métallurgique par acide (recyclé) de minerais ou minéraux en l’associant à une séquestration ex situ en carbonates (phosphates, pyroxènes, gangues de roches vertes (Nouvelle Calédonie), déchets amiantés, …).

Abandonnant son image purement extractive l’industrie minérale affichera ici une nouvelle fonction de séquestration fortement contributive à la préservation de la planète.