Par François Clin
Les minérallurgistes de métier sont loin de se faire prendre au « pléonasme du tri sélectif » sur le piégeage duquel nous allons avoir à revenir.
Ils enchainent dans la conception ou la pratique de leurs procédés les techniques unitaires en distinguant bien les opérations de conditionnement préalables susceptibles d’exacerber des propriétés sélectives des spéciations minérales des opérations purement séparatives induites des différences de comportement alors établies entre elles.
A titre d’exemples des plus courants d’opérations de préparations préalables à un tri basées sur des comportements sélectifs de phases minérales, citons le broyage sélectif ou encore la réactivité particulière physico-chimique des surfaces.
Le broyage sera sélectif quand on cherchera à produire des classes granulométriques enrichies en phases minérales particulières à la faveur de différences de propriétés mécaniques : résistance à l’étirement en concasseurs à impacts ou broyeurs autogènes, résistance à la compression en concasseurs en lit de matière ou broyeurs à corps broyant, ou encore évolution à la cryogénie des systèmes cristallins. Les tris s’opéreront par classements granulométriques soit en voie sèche soit en voie humide.
Les techniques de tri par hydrophobie, dont principalement la flottation, tiennent un rôle majeur dans le traitement des minerais. Toutefois cette hydrophobie est rarement celle naturelle des minéraux mais bien de particules les associant sélectivement à des réactifs conférant la propriété hydrophobe par leurs terminaisons moléculaires. La sélectivité d’adsorption des réactifs sur les différentes surfaces minérales relève le plus souvent mécanismes acido-basiques ou d’oxydo-réduction. Le tri s ‘opère alors après conditionnement sélectif par écumage de mousses concentrant les bulles collectrices par leur interface eau-air.
Beaucoup plus rare, le « Magnetic coating » consiste à associer dans le complexe réactif sélectif – minéral des fines particules magnétiques adsorbées. Le tri s’opère alors sur séparateur magnétique.
Plus globalement, la minéralurgie est donc de fait majoritairement l’art d’enchainer rationnellement des opérations unitaires dans le souci premier d’une gestion tant quantitative que qualitative de flux où les tris s’effectuent en pertinence de positionnement et bon dimensionnement.
La technique unitaire du tri sensu stricto y obéit ainsi souvent à un critère qui n’est qu’indirectement lié à la composition minérale originelle.
Abandonnons maintenant toute cette rigoureuse technicité pour nous interroger sur le pléonasme du « tri sélectif » …
Y-a-t-il là surtout un slogan incitant au « geste dit citoyen » initiateur d’un cycle vertueux pour les matériaux de nos ordures ménagères …
Faut-il alors dans un vocabulaire lapidaire gommer toutes les embuches de logistique, de procédé, voire d’équité (entre bénévolats, taxations publiques, compétitivités sectorielles, pratiques environnementales voire hygiéniques, …) qui se posent objectivement en aval du tri ?
Car ici le tri s’opère tout en amont, dès que le produit prend le statut de déchet par la décision du détenteur de le destiner à l’abandon. Après le tri isolant un constituant, c’est alors que commence la « collecte, elle, sélective » par catégories, c’est à dire, au contraire d’une sélection, des regroupements dans des poubelles spécifiques. La sélectivité catégorielle est alors abandonnée au profit de celle de la couleur des poubelles ou de leur jour de ramassage. Et viendront bien d’autres tris à reprendre !
Tous ces circuits vont connaître beaucoup d’évolutions et aléas technico- économiques pour des bilans pour le moins imprécis qui nous rappellent surtout que le déchet est fondamentalement un « objet sociologique ». On n’est pas à un pléonasme près pour ingénieurs scrupuleux dans les méandres de l’économie dite circulaire qui nous font ici plutôt citer Eugène Ionesco : « Prenez un cercle, caressez-le, il deviendra vicieux ! ».
