Bulletin Semenvim n° 7 : D’un naturel réservé…

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Semenvin

Par François Clin


Considérons l’expression « réserves naturelles » et remarquons alors que le terme « naturelles » y fait l’objet d’une énantiosémie selon que l’on considère le milieu minéral ou le biotope. En effet le concept de réserves naturelles minérales s’applique à des ressources susceptibles d’être exploitées dans un futur immédiat au vu des connaissances et techniques actuelles.

Bien à l’opposé, une réserve dite naturelle va se caractériser par des contraintes de préservation prohibant nombre d’accessibilités humaines voire vivantes.

Il assez classique que les perceptions du naturel divergent selon qu’elles s’abordent selon un angle plus ou moins intégrateur des données physiques ou plutôt vivantes. Sans doute, est sous-jacente une dimension culturelle de la société inquiète d’un naturel ne revenant pas au galop… D’ailleurs un bel indice est fourni sur le moyen terme quand on constate l’abandon des Sciences Naturelles face à l’apparition du sigle SVT (Sciences de la Terre et du Vivant) : La Terre, une science morte ?

Revenons donc à l’antinomie soulevée et remarquons qu’elle souligne de fait des questionnements majeurs pour la relation au naturel.

Tout d’abord le sujet des cinétiques qui semble fondamental pour apprécier la « durabilité » assez complexe à définir stratégiquement pour le développement au-delà d’un objectif évasivement précautionneux pour les générations futures : ne s’agit-il pas principalement de rendre compatibles cinétiques humaines et cinétiques naturelles ? On constate alors que les réserves minérales s’expriment prioritairement en années (de consommations contemporaines : 150 années pour le charbon en Chine…). On est loin de l’approche assez ridicule de l’empreinte carbone individuelle exprimée pondéralement par des officines détentrices d’une intelligence plus qu’artificielle au travers de modélisations plutôt obscures et arbitrairement réductrices au gré des lobbies.

Le second sujet est celui du périmètre physique d’une réserve vivante, tant en métrologie qu’en gestion environnementales. Au travers du périmètre il faut cerner une géolocalisation toujours arbitraire notamment au regard de fonctionnements souvent interprétés en écosystèmes. Or les écosystèmes sont des abstractions théoriques essentiellement utiles pour les approches fonctionnelles comme les gaz parfaits et leur loi pour les gaz réels. Un oxymore est particulièrement révélateur de la problématique : celui de « parc naturel » : il n’y a pas plus artificiel qu’un parc clos par la conception humaine alors que la nature est irrémédiablement ouverte !

Les plus belles études éco-toxicologiques dans les plus beaux mésocosmes expérimentaux devront se confronter à la réalité plus complexe de systèmes naturels aux portées environnementales souvent imprécises. La science demeure ainsi souvent pudibonde à tirer des conclusions opérationnelles et laissera au politique la détermination de la frontière s’imposant à une molécule indésirable, à une espèce envahissante ou nuisible…

Et bien entendu la dimension des cinétiques imposera la révision de réserves décrétées naturelles par l’homme mais évoluant inexorablement en milieu récepteur et érosif.

Pour ne pas revenir plus lourdement sur les types d’impasses scientifiques auxquelles a été confronté un programme national de recherches de la fin siècle dernier et intitulé « Recréer la nature », censé assister les gestionnaires de réserves environnementales et non les abasourdir, terminons, cependant, très positivement par le survol rapide d’un très beau succès de la recherche technologique française de la même période. Il s’agit de l’innovation radicale et performante du projet KKC en Ouganda qui a justement pu bénéficier de la croisée conceptuelle entre réserves minérales et réserve naturelle. En effet les exploitants miniers avaient réalisé au cours du vingtième siècle le stockage important de haldes de pyrite cobaltifère en forêt ougandaise, soucieux de l’importante réserve métallique qu’elles représenteraient le jour où une technique suffisamment opérationnelle dans cet environnement difficile pourrait être développée. Et ce jour vint à la faveur des travaux originaux du BRGM sur la biolixiviation bactérienne ferro-oxydante. Ce fut une première mondiale, notamment dans des réacteurs agités de dimensions inégalées, qui permit d’exploiter près de 2% des réserves mondiales de cobalt pendant plus de vingt ans jusqu’à leur épuisement complet

Notons le rôle premier de la cinétique en réacteur accélérant drastiquement la lixiviation naturelle qui menaçait par ses métaux lourds l’environnement jusqu’aux grands lacs africains et leurs populations. C’est dire dans un périmètre bien au-delà d ‘une réserve classée par la convention RAMSAR pour la biodiversité qui aura toutefois permis à ce titre l’octroi d’un soutien financier du Fonds Français pour l’Environnement Mondial lors de la période toujours cruciale de démarrage d’un procédé très novateur. Ce démarrage en contexte difficile tant géographiquement que sécuritairement aura aussi bénéficié de l’intervention d’une jeune cheffe de projet particulièrement entreprenante, qui deviendra par la suite la créatrice et la patronne d’une PME reconnue pour son dynamisme.

D’ailleurs, elle vient d’être élue par la Société de l’industrie minérale comme sa trésorière : la voilà en charge de gérer les réserves, ici, financières…

Vous ne le saviez pas ? C’est qu’elle est d’un naturel réservé….