Par François Clin
R comme pour rouages, rouages de l’économie circulaire dont nous retiendrons ici les trois principaux : récupération, réutilisation, recyclage.
R de récupération
Le terme de récupération est le plus générique des trois et englobe tous les modes opératoires de l’économie circulaire. Très simplement, on peut s’en tenir à considérer que la récupération correspond au fait d’éviter de créer un déchet dans les activités. Rappelons que le déchet se définit (notamment en correspond depuis la loi de 1975) comme un objet que son détenteur destine à l’abandon.
On voit qu’avec la seule notion d’«abandon», on est loin des notions plus sanitaires ou environnementales parfois reprises dans certaines législations étrangères
Ne vous inquiétez pas, ce ne sont pas ces divergences assez fondamentales qui vont empêcher l’apparition de directives européennes sur les déchets censées s’appliquer à différents états où les concepts différents.
Il est vrai que dans des domaines comme l’exploitation des ressources primaires, la notion d’abandon (comme de détention) peut être d’interprétation délicate (résidus miniers, rémanents forestiers, permaculture, …) alors que le terme de déchets y est banalisé.
Toutefois, il faut être conscient que des pratiques de « jeux d’écritures », bien ou mal fondées, peuvent ainsi éviter d’avoir affaire à un déchet. Le classement en « biens culturels » par l’UNESCO, des terrils du nord de la France statue définitivement sur des résidus miniers qui ne seront jamais des déchets. Moins glorieusement, certaines manœuvres ont parfois consisté, a la faveur d’une facturation, de se débarrasser par la vente d’un « déchet potentiel », notamment en export vers des hôtes peu regardant sur leur contexte environnemental.
D’ailleurs rappelons qu’un déchet peut en cacher un autre : c’est à dire qu’un retraitement d’un produit à récupérer peut impliquer des sous-produits jusqu’à des stades dits de « déchets ultimes » avec des concentrations et des spéciations nouvelles dont l’élimination ou la gestion environnementale doivent être prises de compte dès le début des opérations. Ce type de contraintes peut amener à renoncer à récupérer « par soi-même » et chercher à faire appel à des filières spécialisées, souvent proches des industries primaires. Parfois, pour ne pas avoir affaire à un déchet ultime, l’appel à une sous-traitance notamment étrangère moins encadrée, contribuera à favoriser du « dumping environnemental ». La métallurgie des minerais de terres rares avec accompagnements naturels d’actinides est particulièrement susceptible de produire des déchets ultimes radioactifs dont la problématique géostratégique du traitement est tout aussi importante que la localisation des gisements primaires.
R de réutilisation
La réutilisation va physiquement réduire la production de déchet mais elle est le plus souvent ni complète ni à l’identique.
On pourrait assimiler les processus d’usages des matières premières dans la consommation de nos sociétés à celles des évolutions naturelles qui s’opèrent selon le second principe de la thermodynamique, spontanément avec perte « d’entropie » : ainsi les états d’ordonnancements issus de la production primaire vont s’effacer au profit de mélanges, contaminations et pertes de propriétés sélectives des matières.
La réversibilité qu’implique alors la réutilisation impose alors d’imaginer l’ouverture du système « produit initial » à d’autres usages concernés par d’autres systèmes, conduisant dans ce nouveau dispositif à un « état entropique » inférieur mais acceptable.
Par opposition à une réutilisation diversifiée et pas forcément intégrale, le réemploi à l’identique ne se fera qu’à l’occasion d’une réversibilité au sein d’un processus d’évitement sans l’intention d’abandon du déchet et de maintien de l’objet dans son usage. La pratique de la consigne pourra ainsi, par transfert d’intention entre détenteurs, en être une possibilité. Notons toutefois qu’elle ne dédouane pas d’importantes contraintes impactantees comme, l’hygiénisation, le lavage, le transport, le contrôle technique, la performance concurrentielle, et bon nombre de bilans conséquents. La pratique du retour du produit à réemployer en entrée de magasin, notamment telle que les grandes surfaces, correspond à transférer son cycle consommation particulier au sein de la distribution globalisée à l’échelle de toutes les consommations proposées sur le site en plus forte entropie de la matière. La réversibilité pour un produit ne pourra toutefois pas se généraliser à tous les autres, le client fidèle n’étant qu’un collecteur marginal d’un produit donné (bouteilles usagées d’eau par exemple).
L’accès à un système de plus forte entropie de la matière pour un produit donné peut être d’en changer les valeurs de références, notamment au-delà des lois classiques du marché : gestes dits citoyens dans le tri de déchets, économies solidaires, consciences ou taxations environnementales, exigences sanitaires, réquisitions ou marchés stratégiques…
Au regard de toutes ces mobilisations potentielles, méfions-nous alors de beaucoup de nuancement entre le « recyclable » et le « recyclé ».
R de recyclage
Le terme de recyclage ne devrait s’appliquer qu’à un processus permettant de substituer à la matière première initiale une matière de récupération dans toutes ses potentialités d’utilisations. Pour parler de recyclage d’un produit au sens strict ce processus devrait de plus concerner l’ensemble de ses composants : dans nombreux cas de matériaux élaborés ou composites on parle de recyclage quelque peu abusivement … Prenons quelques exemples.
Les granulats de récupération sont loin d’être tous recyclés dans toutes les utilisations des produits primaires.
Les ferrailles issues de l’incinération des ordures ménagères sont contaminées en cuivre par cémentation de chlorures de cuivre créés lors de la combustion, et ne peuvent être réutilisées qu’en dilution dans des produits plus purs pour des productions de qualités d’aciers moins nobles.
La récupération du verre d’emballage, même trié optiquement, ne permet pas la production de toutes les nuances de couleurs mais seulement d’un calcin à diluer dans un bain primaire. Quand sa granulométrie est trop fine, sa refusion ne s’opérera principalement que dans des unités de production de verre d’isolation
Les propriétés physiques initialement recherchées dans la matière première peuvent s’altérer à l’usage comme « l’indice d’émoussé « d’un abrasif de récupération, la longueur d’une fibre papetière… D’ailleurs le recyclage des vieux papiers est un double abus sémantique. D’abord le papier est un matériau composite (avec des charges minérales, des encres), dont seules les fibres végétales longues sont réutilisées ; deuxièmement cette réutilisation est confinée dans des productions de moindres exigences mécaniques ou esthétiques.
De fait le recyclage intégral et dans les potentialités initiales ne s’opère essentiellement que sous l’état moléculaire. Pour l’industrie minérale c’est l’un des atouts majeurs de l’hydrométallurgie
Enfin au-delà de toutes ces considérations techniques, constatons que le recyclage, plus que toute forme de réutilisation, ne pourra donc s’opérer économiquement que dans le respect des contraintes de l’entropie des matières premières. Constatons, dans nos produits de consommation une forte tendance à la perte d’entropie des matières comme par exemple, par le nombre de métaux désormais simultanément présents dans une voiture ou un téléphone…
Et la réversibilité de chaque recyclage va exiger un passage à l’équilibre, c’est à dire une adéquation entre productions primacommetiques des ressources et des investissements productifs, les évolutions temporelles des consommations et des durées de vie variables des biens produits compliquent les réversibilités équilibrées de l’économie circulaire qui ne peut que rester contributive à la production globale exigeante en industrialisation, voire réindustrialisation pour certains…
Si la thermodynamique a pour premier principe la conservation de l’énergie et deuxième celui de l’entropie, l’économie circulaire aura pour premier celui du recyclage et pour deuxième celui de la réindustrialisation.
